Un livre sur un banc

L’autre jour, j’ai trouvé un livre qui traînait sur le banc d’un parc de Montréal. Ce n’était pas un livre oublié ou perdu. Il avait été déposé là pour qu’on l’emporte, qu’on l’adopte et qu’on le lise.
Share
Un livre sur un banc au Jardin botanique de Montréal, Le grand Maulne.

Ce petit volume avait été soigneusement emballé dans un plastique transparent pour le protéger des intempéries. Il avait été placé stratégiquement pour qu’on puisse bien voir sa couverture.

UNE INVITATION À LA LECTURE

Il faisait froid et pourtant la tentation était forte de m’arrêter, de m’asseoir, d’ouvrir le livre et de le lire au gré des pages. Qui avait bien pu avoir cette idée farfelue de déposer un ouvrage pour l’offrir à la curiosité des inconnus de passage ? Ce n’était pas un vieux bouquin usé qui perd ses pages. Ce n’était pas un de ces romans qu’on trouve en pagaille dans les ventes de garage. C’était un classique.

Mais peu importe le livre. C’est l’idée de l’offrir en partage qui est belle.

Je relevai la tête et regardai autour de moi pour voir si le propriétaire de cet exemplaire spécial n’allait pas revenir le chercher en courant. Je me demandais s’il y avait beaucoup de passants qui s’étaient, comme moi, arrêtés intrigués par l’étrange ouvrage.

 

UNE BOUTEILLE À LA MER

Le parc était comme une île déserte au milieu d’un océan de maisons, de bâtiments publics, d’églises, d’immeubles. Au loin, un autobus bleu, quelques voitures. Je regardais ma montre, je ne pouvais pas m’attarder. Le livre ressemblait à ces bouteilles que les naufragés jettent en espérant que leur message touchera quelqu’un quelque part.

Je retournai le livre dans tous les sens. Il fallait que je file. On m’attendait. J’hésitai encore une seconde entre le glisser dans mon sac ou le laisser à la curiosité d’un autre flâneur.

La prochaine fois qu’un livre me fascinera, je le laisserai moi aussi en partage aux gens de passage. Mais j’attendrai le printemps afin d’être sûr qu’il ne finisse pas englouti sous une tonne de neige ou de verglas.

 

MONTRÉAL, UNE BIBLIOTHÈQUE À CIEL OUVERT

J’appris plus tard que cette idée d’abandonner un livre est une activité internationale. Il s’agit d’un club de lecteurs sans lieu de réunion, sans frontières et sans structure qui propose aux gens de laisser les livres qu’ils ont déjà lus dans des endroits publics en espérant que d’autres les lisent. Ça s’appelle du « BookCrossing », une sorte d’échange de livres à l’infini.

Ce matin-là, Montréal était une bibliothèque à ciel ouvert.

Vous est-il arrivé de trouver, vous aussi, des livres abandonnés ? Où ? Comment ? Qu’en avez-vous pensé ?

 

Others articles about: